Deux prénoms de filles pous coder des noms de drogues.
Je voulais vous faire partager mon premier dossier qui sera étudié sur 2 jours : 2 jours d'audience correctionnelle pour un dossier de stup, 16 prévenus, un procureur, trois magistrats et 8
avocats, un huissier et une greffère.
Petit dossier pour le Tribunal mais grosse affaire pour ma petite personne.
1er jour aujoud'hui, 8 heures d'audience environ, des plaidoiries courtes, 15 minutes environ pour chacune de nos trois dernières plaidoiries et 5 minutes chacune pour les trois premières.
Un retour méthodique sur des années de galère, de deal, de came, de descentes aux enfers, et de renaissance.
Enfin c'est dur, très dur. Moins que le sevrage de conso intensive d'héroïne (Héloise) ou de Cocaine (Caroline), qui des années après n'est pas terminé, alors qu'ils s'accorchent tous et n'ont pas
replongés.
Mais la pression est énorme : ils ont déjà morflés en détention provisoire, et ils jurent qu'ils n'y retourneront jamais, qu'ils se tueront plotut que d'y remettre les pieds. Et je suis sure qu'ils
en sont capables.
Des visages marqués par l'angoisse, le stress, et la came. Vieillis. Abimés.
On était 16 mais on finit à 15 prévenus, 5 ans après le début de l'instruction : les accidents arrivent si vite dans ce milieu là... on imagine pas. Au moins, le 16ème ne balancera plus
personne.Restent juste des orphelins.
Et ces années de prison que le Procureur égrenne dans ses réquisitions, comme un chapelet de sentence. Sauf que ce sont nos clients qui encourent ces peines, et ces années à l'ombre.
Ils ont dealé, c'est vrai, ils ont vendu de la mort. Mais c'était pour creuser leur propre tombe, parce qu'il leur fallait de l'argent pour leurs grammes d'Héro, leurs joints, leurs exta, leur
coke, ... Et arrivé à un certain seuil de défonse, on ne peut plus bosser, on cherche juste l'argent de la prochaine prise.
L'héro c'est physique, les crises de manque sont instantanées et impressionnantes, elles rendent malade comme un chien. Des serpillères mortes vivantes et enragées dans l'attente du prochain
shoot.
Alors nous, quand on le plaide ce dossier, on y met beaucoup d'émotion, on le plaide à fond, c'est notre destin qu'on joue, on abandonne d'ailleurs souvent la 3ème personne pour parler à la 1ère
personne du singulier.
C'est notre deal, notre affaire, notre vie, nos fantomes, ils sont d'ailleurs comme nous tous, ni riche ni pauvre, avec une vie normale jusqu'au jour où ils commencent, pour balayer des accidents
de la vie que l'on croise tous un jour.
Une faiblesse, un jour, une fois, de la solitude, beaucoup et souvent, et on passe de citoyen à camé-moins-que-rien.
Alors on y croit, on voudrait secouer le juge par les épaules, lui dire, fait pas ça, ne l'achève pas, pas de ferme, plus de tôle, il a déjà payé, il en crèvera, il se bat contre ses démons depuis
des années, il veut s'en sortir. Pardonnez, excuser, aidez. Le droit à l'erreur, ça existe.
15 minutes, une vie pour 15 minutes d'attention.
Et demain, on y retourne, fin de l'audience et des débats, dernières plaidoiries.
Nos clients nous disent souvent lors des audiences que leurs vies sont entre nos mains.
Parce que nous sommes la dernière parole avant la sanction, parce que nous seuls pouvons expliquer au juge, supplier le magistrat. Parce qu'il n'y a personne d'autre face au juge.
Pour eux c'est trop tard, ils ont perdu le droit à l'excuse le jour où ils se sont fait serrer.
Finalement, c'est simple de défendre des coupables, beaucoup plus que des innoncents.
Parce que ni vous ni moi ne sommes jamais à l'abri, il y a tellement de gens ordinaires dans ces audiences, qui ont un jour laché prise, parce que c'était trop dur, trop compliqué. Ils étaient
"normaux", avant.
Si un jour, ou vous ou moi devions nous retrouver sur le banc des accusés, pointés du doigts alors qu'il nous faut juste de l'aide, alors j'espère qu'il y aura quelqu'un pour expliquer, et qui
acceptera d'avoir quelques instants nos vies entre ses mains.
Voilà, il parait qu'il faut préparer les autres dossiers, les autres plaidoiries, pour les autres clients des autres jours. Parce que nous ne sommes pas sur le banc des accusés, parce que nos vies
ne s'arrêtent pas là. Enfin il parait.
Caroline et Héloïse.
Show must go on.
Alors on apprend à 9h27 par un membre de la famille décomposé qui a assisté à la scène hier soir que son client est peut être encore au Commissariat, mais il n'est pas présent à l'audience. "Personne" ne sait où il est. Sourire en coin de l'huissier, la greffière et la Présidente.
En fait tout le monde savait depuis hier, même lors des plaidoiries, qu'il allait être entendu et interpellé, ils ont bien dû rire, en m'écoutant plaider le retour à une nouvelle vie saine et loin des délits passés. Les flics étaient déjà dans le couloir.
résultat, un prévenu empêché d'assister à son audience, un avocat qui court dans tous les sens pour savoir où est son client, une présomption d'innocence, un droit au procès équitable, un secret de l'instruction bafoués.
Et une grosse tache à l'encre indélébile sur le procès et qui laisse imaginer la teneur de la décision de ce jour. Je prends les paris : 3 ans fermes, 1 an sursis. La clémence du Tribunal jouera sur l'amende : en tôle on n'a qu'un pécule de 60 € par mois, ça va être dur de payer les 3.000 e requis.
Belle justice, belle parodie. Attention, les barbouzes sont de retour.
Obligation de travail et de soin, et de payer l'amende.
Ah, et le parquetier me prend pour une folle et me déteste. Peut-être est-ce parce que je lui ai dit que je n'aimais pas les cow-boy ...
On s'amuse chez nous!! ça bouge autant dans le nord?
Remarque ici non plus c'est pas la joie...Les amis partent les uns après les autres...Ici la vie est intense et les séparations brutales. Les soirées se font moroses avec à la fois l'envie d'en profiter un maximum et l'arrière gout de la séparation qui approche...Les plus compatissants te diront : "mais le second semestre commence dans un mois" ! oui seulement tu sais ce que tu perds, pas ce que tu trouves...Alors on prévoit des visites, voyages a travers l'Europe pour se persuader que ce n'est qu'un au revoir et que ce n'est pas totalement fini. Alors c'est décidé en janvier je pars à Prague boire de la bière à 1€ ! Et on se retrouvera tous la bas ! Et après il faudra se dire au revoir pour de bon ?!
Heureusement noel approche ! Et en parlant de ca, petite anecdote qui te fera sourire, je l'espere, lundi google prévoit de la neige, alors vas-y imagine moi trainer ma valise dans la neige :) Remarqu c peut etre plus facile comme ca, ca glisse dans les montée et je fais de la luge dans les descentes :)
J'ai déja testé le vélo sur la neige, ben oui moi j'ai vu des minis norvgiens de 8 ans le faire, a fond la caisse et dans les descentes, ca avait l'air drole ! Ouais ben je recommencerai plus !
Et imagine les voyages, les contacts, les retrouvailles au fil des ans !!
Et puis, si tu as rencontré des gens bien au 1er semestre, y'a pas de raison que ça change au 2ème : ça pourrait même être mieux !!
Ta coloc reste ou elle fait partie des départs?
Pour le vélo sur la neige, bah j'avoue que rien que de t'imaginer appuyant sur les pédale en pleine glissade non contrôlée, avec un "OooOOoOOoOOOOOO" à la bouche en même temps, j'en rigole toute seule au dessus de mon clavier !!
le vélo sur neige, ça doit être génétique, faut être un grand blond pour y arriver.
Par contre, j'ose pas imaginer la tête des pousses d'Edelweiss après une glissade en luge... peut être la même que celle des 2 Ouatémala qui sèchent dans le pot. J'ose pas les jeter, on ne sait jamais, dès fois qu'ils se réveillent au printemps...
Courage ptite Dod, et hauts les coeurs, pour toi aussi, Show Must Go On ...